Le chocolat au Pays Basque |
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au Pays Basque
C’est en effet par BAYONNE, juste après 1609,
que le chocolat est rentré en France.
Mais cela ne semble pas être, à cette époque,
l’apanage des basques, au grand dam des historiens
du Pays (Hourmat, Cuszacq)…
Il faut d’abord se rappeler que les fèves
de cacao ont été importées en Europe
d’Amérique du Sud, lors d’un voyage
en retour de CORTES, futur gouverneur de la Nouvelle Espagne
(le Mexique) auprès de Charles Quint, en 1519.
Il ramenait alors tomates mais, pomme-de-terre, poivrons
et piments, la canne à sucre, et ces fèves
qui permettaient de confectionner une boisson, pourtant
à son avis particulièrement « amère
et détestable » … Les Espagnols ont
tôt fait de trouver le moyen de porter cette boisson
à leur goût en la mêlant de sucre d’agave
puis de canne.
Le produit est vite apprécié et promet
un marché intéressant, dans la lignée
du marché des épices. Un programme de plantations
est lancé en 1522 par CORTES. Les premières
expéditions massives au travers de l’Atlantiques
datent de 1585. Elles marquent le début du commerce
du chocolat en Europe.
Les autres pays d’Europe découvrent à
leur tour les plaisirs et qualités du chocolat,
tant gastronomiques que commerciales, et aimeraient pouvoir
en profiter… Mais les Espagnols en ont évidemment
le monopole, et ils se sont empressés d’établir
à leurs frontières de bonnes protections
douanières pour en contrôler le bénéfice.
Seulement, qui dit douanes…
Les Hollandais, de confession huguenote et justement
à ce titre ennemis héréditaires des
Espagnols, se montrent les plus ardents dans la quête
de cette denrée. Les pillages sur les mers par
les corsaires leurs assurent une bonne part de leur approvisionnement.
Mais c’est aussi par le détournement et le
marché noir qu’ils assurent un complément
de ressource en la matière. C’est à
cet endroit que les Basques « participent »
à l’introduction du chocolat sur le sol Français,
notamment du fait de leur penchant naturel pour la contrebande…
En 1609, les juifs portugais fuyant l’Inquisition,
passent la frontière, arrivent sur BAYONNE et établissent
leurs quartiers à Saint Esprit sur la rive droite
de l’ADOUR, au-delà des remparts où
la ville les repoussent.
Industrieux et déjà initiés aux
secrets du chocolat, et ayant par ailleurs observé
ce flux de contrebande, il est fort probable qu’ils
mettent en place les premiers ateliers de transformation
des fèves de cacao en poudre de chocolat à
partir de 1615, produit aussi précieux qui est
rare mais dont la consommation commence à gagner
l’aristocratie puisqu’il s’introduit
officiellement à la cour de Louis XIII par son
épouse Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne,
à cette époque.
Cette activité industrieuse des juifs de Saint
Esprit n’est cependant attestée pour la première
fois, qu’en 1687, dans les registres paroissiaux
de baptême mentionnant « un habitant de Saint
Esprit, faiseur de chocolat ». Cette première
mention de « faiseur » laisse imaginer que
cette activité était alors déjà
assez courante et bien établie.
Le chocolat reste cependant sous le contrôle fiscal
et le marché est délicat. En France le chocolat
avait été affermé au Sieur CHAILLOU
par lettres patentes en 1659, lui laissant le privilège
royal de la fabrication et de la vente du chocolat sur
toute l’étendue du royaume. De cette époque
date la première chocolaterie à Paris aux
Halles. En 1705 la libre commercialisation est enfin ordonnée
par un édit du roi qui autorise les « limonadiers
à vendre du chocolat à la tasse »,
alors le prix de cette denrée devient plus accessible
à tous
Les installations de « chocolatiers » foisonnent
alors de partout à partir de cette date, tant en
ville que dans les campagnes. Sont attestées entre
1710 et 1720, les installations à Bayonne et Saint
Jean de Luz de Basques espagnols de San Sébastian,
Azpeitia, Urdax, Ainhoa… (MM. Ezcura, Amitsarobe,
Istillart, Latamendia...). Un peu plus tard à Espelette
(Berindoague 1762) puis à Cambo (Dolhabarrats 1770
et un Noblia Etienne 1785) ; puis Labastide, Mendionde,
Helette (un Fagalde) etc…
Il faut évidemment comprendre que ces nouveaux
« faiseurs de chocolat » étaient à
la vérité les anciens « limonadiers
» d’avant 1705, et que leur industrie se limitaient
à du débit de boisson, dont le chocolat
alors en vogue et qui devait être fabriqué
sur le moment. Mais il ne s’agit pas, à proprement
parler de fabricant de chocolat. Il ne faut pas non plus
oublier que la fabrication du chocolat dur, dit à
croquer, est seulement réaliser à Londres
à partir de 1674. Les véritables manufactures
en France, et justement au Pays Basque, de chocolat apparurent
un peu plus tard (milieu du XVIII°).
Une ordonnance des Echevins de BAYONNE en 1725 stipule
les « très expresses et nouvelles défenses
aux juifs portugais du bourg de Saint Esprit d’occuper
boutiques à Bayonne pour y vendre des marchandises
en détail et y faire du chocolat ». On devine
à cette ordonnance que ces « étrangers
» faisaient une trop rude concurrence aux chocolatiers
basques et faisaient ombrage à leur bonne installation.
Preuve que leur industrie était bien établie
et par déduction qu’elle était bien
préalable.
En 1761, dix chocolatiers basques sur Bayonne, avec Ezcura,
à leur tête, établissent et font enregistrer
par la ville, la guilde de la Corporation des Chocolatiers,
« dans le but de perfectionner le métier,
d’autant qu’une infinité d’étrangers
inondent la ville et infectent le public par la mauvaise
composition du chocolat qu’ils y débitent
». Comme on le voit l’ennemi désigné
est toujours le même.
On note, entre le texte de 1725 et celui de 1761, une
distinction entre « faire » du chocolat et
le « débiter », témoignant que
le chocolat a commencé à être véritablement
« fabriqué » et que la branche se verticalise.
Cette guilde sera supprimée par arrêté
du Parlement de Bordeaux en 1767, à la demande
desdits « étrangers » (Moise Mesquit,
Isaac Ledesma, Raphael Dias) appuyée, chose curieuse,
par des épiciers basques et gascons de la ville
(Elissalde, Saux, Saubagné, Pouyols). Cet appui
inattendu laisse supposer que la qualité du produit
confectionné par ces étrangers supplantait
le piètre chocolat qu’imposaient les fabricants
basques. On en conclura ici encore une fois que la tradition
du chocolat de Saint Esprit était mieux assise
et par conséquent assurément antérieure
à celle des basques de Bayonne intra-muros.
La transformation du chocolat, notamment au niveau du
broyage des fèves torréfiées, reste
manuelle jusque vers la fin du XVIII° siècle.
Au Pays Basque, les fèves étaient jusque
là longuement broyées sur une pierre en
croissant de lune avec un rouleau également en
pierre ou en métal. Afin de favoriser la tenue
du mélange, un lit de braise entretenu sous la
pierre assurait une chauffe propice à la fonte
des graisses. C’est seulement en 1776 que M. DORET
met au point la première machine à broyer,
animée par la vapeur.
On les voit apparaître plus tardivement sur le
Pays Basque dans le courant du XIX° siècle.
Mention de « fabrication mécanique »
des chocolatiers Fagalde de Cambo et Claudeville de Labastide
Clairence dans le programme de l’exposition Universelle
de Paris en 1855. Mention dans l’ouvrage de M. Duvoisin
« Cambo et ses environs » de 1858 qui signale
Fagalde comme étant « le seul des environs
de Bayonne qui travaille à grande échelle
et qui ait su mettre à profit la force motrice
si puissante de la vapeur ».
On admettra qu’au XIX° siècle Bayonne
puisse revendiquer le titre de capitale du chocolat, puisque
la ville à elle seule recense à son apogée
en 1856, 33 fabriques de chocolat qui emploient 130 ouvriers
chocolatiers, ce qui semble considérable. Le déclin
vient avec la concentration des ateliers ; en 1898 il
ne reste plus que 9 fabricants.
Rappelons que c’est en 1842 que le chocolat Menier,
plus grande fabrique de chocolat en France, s’établit
à Noisiel, à l’est de Paris, sur 1500ha
!,.
Dans l’arrière pays, c’est à
Cambo que cette tradition du chocolat est la florissante,
notamment avec Jean Fagalde qui s’y installe en
1802.
En 1792, dans un acte de succession de Joannes Fagalde
de Macaye, est cité Jean Fagalde « chocolatier
à Bayonne ». Par ailleurs, en 1804, dans
un acte de mariage concernant son fils, un autre Jean
Fagalde, frère du chocolatier Bayonnais, est cité
comme « chocolatier à Hélette »,
activité qu’il exerce fort probablement depuis
un certain temps car il a alors 55 ans. Enfin, un autre
fils de ce Jean, lui-même prénommé
Jean, quitte Hélette en 1802, âgé
de 25 ans, pour s’installer à Cambo, muni
seulement d’une pierre à chocolat, portant
la date de 1787.
Les branches chocolatières de Hélette et
Bayonne s’étioleront rapidement, par contre
la branche de Cambo se montrera prospère et ce
Jean Faglade et ses successuers conduiront une des plus
importantes chocolaterie du Pays Basque au début
du XX° siècle. Ce Jean Fagalde sera également
celui qui relèvera les Thermes de Cambo de l’abandon
total dans lequel ils avaient sombrés.
Dans le courant du XIX° siècle, il apparaît,
dans divers documents de livraison aux chocolatiers sur
la place de Bayonne, que la fabrication lourde du chocolat,
torréfaction et broyage des fèves, est dorénavant
séparée de la confection des chocolats fins,
et qu’elle est réalisée justement
par les manufactures de Cambo, essentiellement Fagalde,
Berho fondée en 1849, Harispe en 1836, puis Noblia
en 1863.
Pascal Noblia, né en 1828 à Hélette
dans la maison grand-maternelle, bien que ces parents
demeurassent à Mendionde, fut employé ouvrier
chocolatier chez Jean Fagalde à Cambo. L’année
de son mariage avec Marie Etchart de Macaye, à
l’âge de 45 ans, il crée son propre
atelier de fabrication, dans la petite maison qu’il
occupe sur la terrasse au-dessus de la Nive, juste en
face de l’usine Fagalde.
Maintenue par son fils Dominique, puis ces petits fils
Louis, Sauveur, Jean-baptiste et Félix (grand-père
de Mattin Noblia restaurateur propietaire à San
francisco www.ilunabasque.com), la chocolaterie prospèrera
confortablement, puisqu’elle rachètera l’usine
Fagalde vers 1938 et restera la dernière en activité
sur Cambo, de façon prospère jusqu’à
dans les années soixante.
La concentration de la finance dans l’industrie
assignera la dernière « petite » chocolaterie
de Cambo et du Pays Basque à des marchés
mineurs.
La chocolateri Noblia a définitivement fermé
ces portes en 2001.
En conclusion sur la question qui se posait, il s’avère
que Bayonne et le Pays Basque ont bien connu une activité
importante de fabrication de chocolat qui lui vaut son
titre de capitale du chocolat en France, même si
aujourd’hui cette activité se réduit
à de la simple confiserie fine, et fort réputée.
S’il faut attribuer aux immigrés portugais
de Saint-Esprit, et non aux basques de Bayonne, la principale
raison de ce glorieux titre, reconnaissons qu’il
paraîtrait que certains basques qui circulaient
la nuit au travers des montagnes, selon une fantaisie
bien établie chez eux, peut-être même
sur la fin du XVI° siècle, dans le fond, auraient
tout de même participé à cette petite
histoire. Enfin, il paraîtrait….
PM
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